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Dans la boîte noire - Alain Bonvin

 Dans la boîte noire

Ruth Brown a écrit, il y a quelques années, un album pour enfants qui nous emmène dans un pays sombre très sombre, dans lequel il y a un château sombre … très sombre puis une porte, un escalier un couloir, une chambre … tous sombres … très sombres…

Cette ritournelle inquiétante nous guide vers une petite souris toute frêle, attendrissante cachée dans une boîte noire.

Le travail de Catherine Travaletti m'a rappelé cette histoire pour enfants.

Dans « Matricide », titre choc, violent, assumé, elle nous convie à aller à la rencontre de six personnages qui dès le début portent des masques effrayants, glaçants faits de bric et de broc : ceux que nous portons tous pour vivre décemment dans notre société aveugle et inconsciente ? 

Avec ces masques, très intenses esthétiquement, proches de l'univers d'Augustin Rebetez, elle installe une série de séquences chorégraphiées qui décrivent une société qui vit dans l'agitation, dans le faire à tout prix, le faire ensemble n'importe quoi. Ses six héros désarticulés semblent oeuvrer dans le vide, éloignés de la recherche de sens. Leur maladresse est touchante. Ils amènent un peu d'humanité. On pourrait s'y attacher.

Puis, le spectacle bascule dans une longue scène de thérapie de groupe. Nos six compères entrent dans une forme de caricature. C'est forcément dérangeant, à la limite du supportable pour moi. Le public rit ...parfois. J'ai ressenti une réelle détresse dans ces parcours chaotiques et cela m'a plutôt agacé ou glacé le sang.

Selon le discours de Catherine Travelletti. ce qui pourrait mener à une prise de conscience de l'état de délabrement de la planète ...« le Matricide » ...serait d'aller visiter nos monstres intérieurs afin de modifier nos comportements de consommation excessive et nos gestes destructeurs.

Nos fêlures, nos faiblesses auraient-elles une influence sur la manière dont nous traitons la Terre ? L'idée, la question sont intéressantes !

J'ai donc été un peu surpris, dérangé par l'attitude de la thérapeute dans le spectacle : je l'ai trouvée violente, cynique et manquant d'empathie, d'écoute …

Enfin, le spectacle se termine plus positivement. Nos six compagnons viennent déposer leur masque autour d'une figure maternelle : ce pourrait être le signe d'une prise de conscience, d'une évolution.

Cette scène capitale dans le discours de Catherine Travelletti manque de ligne claire. Cela nous empêche peut-être de saisir les enjeux exposés auparavant.

Le travail de Catherine Travaletti force le respect par la cohérence de son propos. J'y ai lu une vision très désenchantée et plutôt pessimiste du monde, beaucoup de fragilité et d'insécurité. On sent aussi un appel à réagir, à reprendre nos vies en main dans un but écologique. Le spectacle ne joue pas la provocation, même s'il l'est forcément, mais la volonté d'interpeller, de questionner, de déranger aussi.

Pour moi, cela reste une histoire sombre … très sombre avec l'espoir de sauver la petite souris fragile de Ruth Brown.

Alain Bonvin




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