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Matricide - Anne-Do. Zufferey

Matricide


Vers le meilleur des mondes

Les propositions de Catherine Traveletti sont fortes, impitoyables, dramatiques. Avec « Alice revisited » son premier spectacle présenté en 2020 au TLH, la comédienne et metteuse en scène avait invité de jeunes migrants à raconter leur parcours douloureux à un public qui vit bien loin de ces problématiques.

Le spectacle Matricide s’attaque lui, à la crise environnementale, au pillage des ressources de la terre, au déni de l’être humain, au prix exorbitant à payer face à notre aveuglement. Avec la question pertinente d’essayer de comprendre pourquoi nous sommes si résistants au changement.

Un spectacle qui intéressera la génération Y, très sensible aux questions du développement durable, de l’éthique, de la justice sociale.


Les coulisses : le spectacle proposé par Catherine Traveletti va à l’encontre des règles du théâtre classique dont il détourne les codes. Le travail de création, d’écriture, de mise en scène, est intuitif. Il se construit par et avec les comédiens. La dramathérapie est un outil devenu indispensable de la démarche. La comédienne le dit, il s’agit avant tout d’une recherche sur soi. Le résultat est déroutant pour le spectateur. Pourtant, même si le titre « Matricide » est grave, le spectacle reste un terrain de jeu pour les acteurs. La distance esthétique permet un juste équilibre entre un trop d’émotion qui submergent et une insensibilité extrême.


Acte 1 : les personnages, symboles de nos monstres intérieurs, nous emmènent dans un monde onirique ou cauchemardesque c’est selon. Ils portent des masques grimaçants, à la beauté tragique, réalisés avec art à partir de déchets quotidiens. Les comédiens se déplacent dans l’espace de manière anarchique ou alors de manière très (trop) ordonnée. Ils sont des marionnettes manipulées et obéissantes, des mutants. Ils nous font peur. Les tableaux sont forts, souvent très esthétiques. Ils évoquent avec justesse ce désordre qui est au fond de nous et se manifeste au travers de notre attitude irrespectueuse envers la terre.


Acte 2 : le processus de changement intérieur passe ici par une thérapie de groupe, jouée de manière grotesque et caricaturale. L’interprétation excessive dérange le spectateur. A-t-on le droit de se moquer de la souffrance des autres ? Les paroles sont murmurées, soufflées, évoquant la difficulté à dire ses souffrances. On peine à entendre les propos, on aimerait pourtant entrer dans la confidence... Reste que les comédiens, tous excellents, nous touchent dans leur désespoir. On a envie de les prendre dans nos bras pour les rassurer, leur dire qu’on les aime, qu’ils ont des choses importantes à dire.


Acte 3 : un matricide symbolique s’opère. Les comédiens déposent leurs masques avec douceur, ils composent une installation très forte. Le cordon ombilical est coupé. Les enfants, enfin sevrés, vont pouvoir s’ouvrir au monde et prendre soin de la Terre Mère qui les nourrit.


On sort du spectacle dérouté puis on refait le monde et l’écologie autour d’un verre de vin (bio !) dans l’espace chaleureux du TLH. On est rassurés d’être ensemble et d’entendre rire les comédiens tout juste sortis de scène. Il y a encore de l’espoir! Mais nous aurons été prévenus…

Anne-Do. Zufferey





© Laura Morier Genoud

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