Accéder au contenu principal

Camper : la forêt maudite

 Le spectacle « Camper » joué au TLH dès le mardi 10 mai, par Isumi Grichting et Christian Cordonier interpelle et ne laisse pas indifférent. Nous avons eu la chance de partager avec les comédiens et les réalisateurs un moment de la mise en scène où il était entre autres question de la hauteur du fumigène et de la position des acteurs sur la scène. Ceci dit pour illustrer l’importance de chaque petit détail qui demande de la réflexion, de la technique. Chaque moment du spectacle est le fruit de discussion, de concertation. Tout est important. Rien n’est laissé au hasard. Le décor est magnifique. Une forêt avec de grands conifères et au centre, une tente. Lumière tamisée, ambiance presque douloureuse. On est dans la forêt d’Aokigahara, la forêt maudite, la forêt des suicidés (Située au pied du mont Fuji, la forêt d'Aokigahara s'étend sur 35 km2. surnommée jukai, "la mer d'arbres", elle est âgée d'un peu plus de 1000 ans. Cette forêt est implantée sur une ancienne coulée de lave du Mont Fuji, ayant eu lieu en 864, et son sol est ainsi très rocheux et majoritairement couvert de mousse.De nombreuses espèces cohabitent dans la forêt, notamment des renards, des cerfs, des chauves-souris – source site internet)

Les comédiens ont étudié Charles Reznikoff et appliquent sa théorie : dire juste le texte, faire juste toute la chorégraphie, parler assez fort.

La pièce montre deux scientifiques perdus au milieu de cette forêt damnée. Ils sont chargés de vérifier l’état des aiguilles de sapin et de transmettre le résultat de leurs contrôles à une station imaginaire. Le jeu et le parler des deux comédiens sont très lents. Comme un film au ralenti. On s’ennuie parfois tant cette lenteur est pesante, voulue pour faire rentrer le spectateur dans cette atmosphère presqu’extraterrestre. Les gestes se répètent toujours avec la même lourdeur. Les silences également. On cherche à comprendre. On est déstabilisé par cette ambiance plombée. Les comédiens se questionnent sur le bonheur. Existe-t-il vraiment ? Soudain, l’envie de mourir les saisit. Ensemble ils décident donc de s’en aller.

On ne sort pas de ce spectacle indifférent. Par leur jeu, les acteurs réussissent à vous poser des questions et à ébranler vos certitudes. Ils s’effacent et donnent aux spectateurs la responsabilité de la compréhension et de l’émotion.

Rita Salamin


© Pierre Daendliker




Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

CAMPER, mais pas n’importe où !

 Sur le plateau du TLH, une vaste forêt de sapins. C’est la forêt de Aokigahara, au Japon, appelée la forêt des suicidés. Une brume légère confère un certain mystère à la scène, un sentiment de paix, de quiétude, c’est très beau ! Or, cette forêt est habitée par des esprits néfastes et diffuse à travers le monde un signal étrange, surannée et presque inaudible. Une équipe de scientifiques est dépêchée sur place afin d’identifier le mystère… Camper traite, en creux, de grands thèmes sociétaux tels que le consumérisme, le suicide… Ce spectacle engagé est porté par une équipe artistique pour qui les interactions nonconflictuelles, la douceur, l’amitié et le respect réciproque sont essentiels. Le texte est très concret, souvent en lien avec une action. Aucun jeu frontal, c’est une approche théâtrale qui privilégie la neutralité émotionnelle. Ainsi, plutôt que de dénoncer frontalement le capitalisme, système qui érode les liens sociaux jusqu’à les détruire, le public doit le deviner à t...

Est-ce ainsi que les femmes, les hommes vivent ? - Alain Bonvin

  Samuel Perthuis, en écho à ce refrain, met en scène « Ainsi va la vie ... » et c'est très beau.   Est-ce ainsi que les hommes vivent ? Mais leurs baisers au loin les suivent ... poursuivait Aragon.   Samuel Perthuis a 30 ans. Beau jeune homme élégant, il nous accueille rue du Marché 6 à Sierre. Et on est ... immédiatement... conquis par sa douceur et son regard franc et sincère. Samuel Perthuis a 30 ans. Et on sent ... instantanément ... qu'il a la trempe de ceux qui savent écouter, qui peuvent récolter des pépites, qui ont fait le choix de transmettre avec humanité et intensité. Puis, on est invités : « Je vous prie, appuyez seulement sur la sonnette. Oui, allez-y sonnez. Vous n'allez pas rester sur le pallier... » On entre et on rencontre. L'art de la rencontre est un acte subtil. L'art de la rencontre est un dosage infime, précieux entre la capacité de donner, de recevoir, de se raconter, d'être là pour l'autre. ...

The Bath, sans modération !

Pour une première création de la compagnie Omaya, c’est aussi une première de monter à l’étage et de pénétrer dans un décor cousu main, magique, blanc et vaporeux. Dans cet univers règnent une comédienne-déesse aux prises avec tous les défis et une baignoire vintage qui l’attend. A l’arrière, discrètes et palpitantes, professionnelles méticuleuses, solidaires, Justine Bouillet, scénographe et Mathilde Ivernon metteuse en scène soutiennent le nouveau-né présenté au public. Amoureuse trahie et abandonnée sur une plage par Thésée qu’elle a sauvé du Minotaure, Ariane a la rage de vivre et triomphera de sa condition humaine pour renaître en déesse. Défi pour toute femme ! Shannon Granger tient le fil virtuel d’Ariane, figure mythique inspirante de cette pièce et invoque Dyonisos, dieu du théâtre pour se sortir des situations difficiles, scabreuses, existentielles. La voie artistique exigeante, choisie, s’est imposée comme un besoin mais surtout comme mission auprès d’un public destinataire ...